ENTRE NOUS, 4.7. – 23.8.2025
Vernissage
Ve, 4.7.2025, 18:00
20:00 Sound performance Soraya Lutangu Bonaventure
21:00 DJ set Raphael Loosli
Finissage
Sa, 23.8.2025
17:00 Listening avec Ines Marita Schärer sur invitation de hhhhh fugitive publishing house
FOYER
ENTRE NOUS: Laura Veenemans
avec des œuvres d’Ise Schwartz, issues de la Collection de la Ville de Bienne
Avec entre nous, l’artiste Laura Veenemans (*2000, Toronto, vit et travaille à Bern et Zurich) entre en dialogue avec des oeuvres d’Ise Schwartz, issues de la collection de la Ville de Bienne. Cette rencontre entre deux pratiques artistiques, séparées par une génération, réunit une sensibilité partagée autour du motif, des fragments d’images et des notions d’entre-deux.
En explorant la collection, Laura Veenemans est tombée sur les œuvres d’Ise Schwartz – née en Allemagne en 1942 et installée à Bienne depuis plusieurs décennies. Ce sont les attributs formels et abstraits de Schwartz qui ont particulièrement retenu son attention – une esthétique marquée par l’utilisation de fragments, de motifs organiques (fleurs, plantes, animaux) et de formes géométriques qui, par répétition ou symétrie, tendent vers une étude presque structuraliste du motif.
Les trois estampes de Ise Schwartz, sélectionnées par Veenemans, témoignent d’une expérimentation picturale, faisant penser à la fois à une sensibilité baroque, une analyse stylistique du papier-peint et une esthétique fragmentée du collage numérique. Un jeu de transparence et de superposition génère également une profondeur dans l’impression. Plus que de simples surfaces, ces éditions deviennent des assemblages composites où le décoratif et le répétitif forment des images en soi. C’est précisément ce rapport au motif, à l’image comme fragment, qui fait écho au travail de Veenemans. Dans sa pratique, Veenemans interroge les signes, les symboles et les structures qui encadrent notre perception visuelle, ainsi que les absurdités du quotidien, entre références digitales et culture populaire.
Intéressée aux limites de l’image et à ce qui déborde, l’artiste produit, dans le cadre de cette invitation, une nouvelle série de trois pièces qui entrent subtilement en résonance avec les œuvres de Ise Schwartz. Le choix du textile dans ces nouvelles pièces n’est d’ailleurs pas anodin : contrairement à la peinture, le tissu demande un repli physique à l’arrière du canvas — une manière de clore l’image. Le textile devient ainsi un support réflexif sur la marge et le contour.
Dès les premières discussions avec Veenemans autour de l’invitation à travailler avec la collection, le texte Inside the White Cube: Notes on the Gallery Space (1976) de Brian O’Doherty a servi de point focal pour penser l’espace dans sa dimension théorique et physique. Ce texte parcourt l’évolution des dispositifs d’exposition dès le 19e siècle, où une concentration des œuvres dans les salons ne laissait que peu de place au mur vide, accentuant par extension la pertinence du cadre comme limite de l’image. Au cours du 20e siècle, le mur a pris de plus en plus d’espace jusqu’à devenir l’iconique mur blanc, sur lequel l’oeuvre s’insère dans une sorte de continuité artistique.
Là où le mur blanc moderne cherche à s’invisibiliser au profit de l’œuvre, Veenemans, avec sa pièce Stretch the limit, interroge cet « entre-deux » : elle remet l’accent sur cet espace que notre esprit comble intuitivement — sur la distance entre les deux murs, la séparation. Le choix du teckel, un chien au corps long, incarne cette réflexion avec humour et acuité : en coupant l’image en deux, elle explore l’effet graphique et narratif de la fragmentation. Les deux autres pièces de Veenemans abordent éga-lement la notion de connexion, dans ses dimensions symboliques et sociales. Dans LVL1 et LVL2, des gestes tels que le « entre handshake » (serrage de main vers le bas) et le « check »(vers le haut) mettent en lumière les micro-gestes du quotidien et leur sens, oscillant entre formalisme professionnel et familiarité. Dans un seul geste, une idée de proximité, d’amitié, voire de distance, peut s’exprimer.
L’espace d’exposition est en effet un lieu social et de rencontre — un lieu où non seulement des personnes se rencontrent et se retrouvent, mais où les œuvres aussi se saluent, s’observent, et se répondent. Ainsi, entre nous ne met pas en scène une séparation, mais bien des rituels silencieux de rapprochement. Veenemans adresse ces gestes, tel un fragment qui cherche son autre — une invitation à entrer en dialogue.
– Camille Regli
